La collection loufoque de céramiques des années 1950 à 70 de Vincent Rousseau,
ancien conservateur au Musée d'Arts de Nantes
Expositions:
Lundi 29 septembre de 9h à 12h et de 14h à 18h
Mardi 30 septembre de 9h à 12h
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La collection loufoque de céramiques.
Les enchères peuvent se faire:
- en salle
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L'enlèvement des lots se fait, au plus tard, dans les quinze jours suivant la vente.
Le charme désuet d’une collection vintage
La force des choses
Quand on a passé toute sa vie professionnelle au sein d’un musée le mot collection n’est évidemment pas dénué de sens. On sait, par expérience, qu’une collection est un organisme vivant qui n’est pas le produit d’un pur hasard cumulatif mais le résultat d’une quête concertée.
Prenons un exemple : au sein d’un groupe humain (famille, association…) l’arrivée d’un nouveau membre n’est pas seulement l’ajout quantitatif d’une personne supplémentaire mais l’apparition d’un nouvel acteur dans la pratique relationnelle : c’est ce qui donne du sens et de la valeur à la communauté.
Il en est de même dans une collection : chaque nouvel objet va, par la force des choses, entretenir des liens avec des « semblables » qui l’accueillent. Ceux-ci, réciproquement, vont aussi s’enrichir de sa venue.
Un objet isolé a intrinsèquement sa propre valeur, sa propre spécificité, sa propre identité…mais, placé au sein d’un groupe d’éléments qui ont les mêmes caractéristiques que lui, il acquiert dans ce voisinage et par comparaison, une autre dimension.
On ne décide pas de devenir collectionneur. On le devient. On a d’abord l’attention attirée par un objet que l’on s’attache à acquérir pour le simple plaisir de le posséder. Puis on continue sur le même registre. Et on se prend au jeu jusqu’au moment où on finit par se rendre compte que toutes ces « trouvailles » progressivement accumulés configurent un tout cohérent. Sans l’avoir préalablement voulu, on est en train de constituer ce qu’on appelle une « collection ».
Une collection inavouable
J’ai commencé tout naturellement par sauver de la dérive quelques plateaux à fromages ayant la forme d’une palette de peintre. Puis j’ai étendu ma curiosité à toutes sortes de modèles : je suis toujours surpris par la variété de ce que je peux découvrir. En ce domaine, Il faut reconnaître que les créateurs ne manquent pas d’imagination. Ils font preuve de goûts artistiques très divers qui répondent sans aucun doute aux demandes d’une clientèle. Beaucoup de réalisations témoignent, en effet, d’une véritable liberté que les détenteurs du « bon goût » ont beau jeu de pourfendre. J’avoue, quant à moi, ressentir désormais une petite tendresse pour ces audaces et licences naïves. Il ne s’agit bien sûr pas de chefs d’œuvre, mais beaucoup de ces petits échantillons d’inspiration populaire seraient dignes de figurer dans un musée d’art modeste.
Je dois reconnaître que j’ai réellement fini par me prendre d’affection pour cet accessoire bien délaissé du service de table qui, au vu du nombre d’exemples que l’on peut retrouver, semblait particulièrement apprécié dans les foyers français des années 1950-1970
Cela dit, il est bien évident que lorsque je m’adonne à réunir … des plateaux à fromages, je me livre sans prétention à une singulière démarche qu’il faut appréhender au second degré. Avec humour. Cela donne un but amusant à mes promenades chez les brocanteurs ou dans les vide- greniers, comme un pêcheur qui ne veut pas revenir bredouille.
Le goût du jour
Au-delà de cette curieuse « manie », prétexte anecdotique à mes explorations, j’ai, de manière plus générale, insensiblement élargi mon champ d’investigation, aux créations céramiques de la même époque… principalement du côté de Vallauris. Je connais assez bien l’art des années 1950-1970 et je suis étonné de la liberté avec laquelle certains artisans interprètent le répertoire esthétique des sculpteurs ou des peintres de leur époque. Les pièces de ma « collection » ne sont toutefois pas des œuvres uniques et signés de noms illustres. La plupart, destinées à un large public, sont probablement issues d’ateliers qui pratiquaient le moulage en série. Leurs concepteurs sont malheureusement restés dans l’anonymat. On aimerait pourtant savoir qui sont les inventeurs de ces formes originales commercialisées en grand nombre mais qui ont été progressivement exclues de l’usage quotidien Qui a pu avoir l’extravagante idée d’inventer ces improbables lampes « veilleuses » en forme de poisson ou de coquillage ? Et tous ces vases, pichets, coupes, plats…qui ne sont plus au goût du jour mais qui, indéniablement, attestent de l’air d’un temps !
Vincent Rousseau, ancien conservateur aux Musée d’Arts de Nantes